KRUG, L’EXPÉRIENCE D’UNE VIE…

Il faut montrer patte blanche pour se faire admettre dans la cour sécurisée qui sépare les chais du petit bâtiment qui héberge bureaux et espaces de dégustation où nous accueillent l’affable Maggie Henriquez et le non moins urbain Olivier Krug. A eux deux, ils vont nous révéler l’ADN de la Maison Krug, et nous démontrer que la grandeur d’une maison de champagne relève autant de la vision de ses dirigeants que du talent de ses équipes...

 

Dans la constellation des marques qui constituent LVMH, Krug jouit d’une précieuse indépendance qui lui confère un statut un peu particulier, jouissant à la fois de l’image d’ultra luxe du groupe de Bernard Arnault mais tout en conservant cette dimension artisanale propres aux belles maisons familiales qui caractérise l’élite de la production vinicole française.

Cette culture familiale s’incarne de fait dans l’action du directeur de la maison, Olivier Krug, qui représente désormais la sixième génération depuis sa fondation par Joseph Krug en 1843. Cet infatigable voyageur parcourt sans relâche la planète entière pour faire vivre aux « Krug Lovers » chinois, sud-américains ou australiens la fameuse « expérience Krug » ce moment de grâce intemporelle où le passionné de vin rencontre une bouteille qui le comble au-delà de ses attentes, bien au-delà du prestige ou de la puissance de sa marque. Avec un naturel qui incite à la connivence, Olivier égraine les souvenirs familiaux, son baptême à la « Grande Cuvée », la véritable histoire du Clos du Mesnil… On devine ainsi derrière chaque vin dégusté la passion de générations d’hommes pour leur maison et pour façonner de grandes bouteilles, millésimes après millésimes.

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Maggie Henriquez & Olivier Krug

 

Maggie Henriquez, la bouillonnante Sud-Américaine à qui préside aux destinées de cette belle institution a grandi à dix mille lieues de la Champagne et de ses histoires de famille. C’est précisément en portant un regard extérieur qu’elle prend la mesure de l’importance de la vision fondatrice de Joseph Krug pour orienter la marque vers l’avenir. À son arrivée en 2009, Krug est incontestablement une marque de luxe, mais c’est surtout une belle endormie un peu capricieuse et terriblement tournée sur elle-même. Maggie va d’abord se réapproprier les codes de la maison en plongeant dans ses archives. Elle fait appel à des archivistes qui vont notamment exhumer des notes manuscrites de Joseph Krug, dans lesquelles il expose sa vision et son exigence de qualité. Recentrée sur ses fondamentaux historiques, la maison peut alors entamer sa mutation sous la houlette de Maggie.

En premier lieu, la maison instaure une transparence inédite dans le monde très calfeutré des grandes cuvées champenoises : armé du « Krug ID », un numéro de référence imprimé sur la contre-étiquette de chaque bouteille, le consommateur a désormais accès à tout le pédigrée du flacon : cépages, assemblage, dégorgement…   C’est une véritable révolution qui va au-delà du simple habillage.

Les vins eux-mêmes sont débarrassés de la marque d’élevage en fût qui faisaient leur signature : ils sont plus droits, plus incisifs, plus francs. La Grande Cuvée, occupe désormais une place de choix dans le dispositif marketing mis en place. Dans la perception générale, le « Brut sans année », c’est à dire la cuvée non-millésimée est un gage de constance, résultant d’assemblages complexes entre vins de réserve et vins clairs de l’année afin de gommer à tout prix l’effet millésime. S’inspirant des écrits de Joseph Krug, la « Grande  Cuvée » se targue à présent d‘être l’interprétation par la maison  des caractéristiques du millésime de référence de l’assemblage et évolue donc d’une année à l’autre.

Rien ne vaut la dégustation pour apprécier réellement les changements subtils dans la gamme. C’est d’ailleurs le pari de la marque qui mise toute sa communication sur « l’expérience Krug », misant sur les accords mets et vin (la pomme de terre, l’œuf) mis en scène de manière éphémère dans des endroits insolites.

En l’occurrence, ce jour-là, entre la cuisine au cordeau d’Arnaud Lallement à l’Assiette Champenoise et la magie des champagnes Krug, l’émotion fut réellement au rendez-vous.

 

Krug Grande Cuvée

Un style résolument rajeuni pour ce brut sans année. Le nez fait la part belle aux notes d’agrumes, de fleurs coupées. En bouche, le vin est tendu, frais tout en conservant une trame serrée de très grande classe. Les nostalgiques ne retrouveront dans cette version plus consensuelle ni la patine boisée ni l’onctuosité un peu riche qui distinguaient précédemment la Grande Cuvée.

Krug Vintage 2003

Il a fallu pas mal de culot à la maison pour millésimer les vins de cette année tellement atypique : canicule, faibles rendements et risques de surmaturité ont incité la plupart des grandes maisons à renoncer au millésime 2003. Le nez est assez marqué par le Pinot noir, presque bourguignon. En bouche, le vin est compact, plus frais que ne le laisse croire la maturité exprimée dans le nez. La fraicheur est au rendez-vous, encore un peu abrupte à ce stade. La bulle est fine, presqu’évanescente. C’est incontestablement un grand vin de repas qui servira fabuleusement un poulet de Bresse.

Clos du Mesnil 2002

Fabuleuse bouteille dont la perfection laisse un souvenir indélébile et dont on se souvient toute une vie… Le nez est intense, complexe mêlant subtiles écorces d’agrumes, fleurs d’acacia, pêche blanche : on songe au Montrachet. En bouche, un équilibre parfait. Sans lourdeur, le vin tapisse la bouche d’une nappe voluptueuse de bulles fines, d’un fruité intense et tout en fraicheur. La longueur en bouche est kilométrique : on devine un chardonnay ramassé à son exacte maturité. A boire si on est impatient, à garder au moins 3 ans si on peut.

Clos d’Ambonnay 1996

C’est un millésime d’anthologie que les connaisseurs résument par 2 chiffres : 10, 10. En effet, le taux d’alcool potentiel à la vendange était presque partout de 10°, gage d’un parfait équilibre et d’une maturité idéale. L’autre 10 concerne l’acidité : 10 grammes d’acidité par litre. C’est quasiment du jamais vu à un tel niveau de maturité. L’alternance de journées ensoleillées et de nuits fraiches a permis de préserver l’acidité naturelle du raisin à un niveau rarement atteint en Champagne. 20 ans plus tard, le nez a gagné en complexité : on y trouve de la framboise, du foin coupé, une pointe de tabac blond mais très peu de champignon ou de traces d’évolution trop marquée. En bouche, malgré sa vinosité, la vivacité originale est à peine domestiquée et le vin surprend encore par sa fraicheur et sa tension.

Cette bouteille fait incontestablement partie des « must have » de tout collectionneur. 

 

Crédits photo : Site internet bilan.ch


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